Quelques Pages

Vendredi 4 novembre 2011 à 12:13

Littérature USA

Je repasse enfin par ici après plusieurs jours d'absence !

Je pensais ne jamais être concernée par ce que les lecteurs appellent la panne de lecture, mais ce fut pourtant le cas ces dernières semaines !

J'ai en octobre commencé un nouveau roman de John Irving, qui est une valeur sûre pour moi. Je sais qu'en saisissant l'un de ses livres je vais me régaler, mais cette fois-ci j'ai eu beaucoup plus de mal ! Je n'avançais pas, je m'endormais en perdant ma page, je ne suivais plus le fil conducteur, bref ! (Je n'en dis pas plus pour ne pas heurter les lecteurs les plus sensibles !)

Après, savoir si ça vient du roman ou si c'est le hasard...

Pourtant, contre toute attente, j'ai finalement réussi à terminer ce roman ! N'applaudissez pas je vous en prie !

loeuvrededieulapartdudiablejohnirving080830024431.jpgLe docteur Wilbur larch est investi d'une double mission. A l'orphelinat de Saint Cloud's, il réalise "l'oeuvre de Dieu" en mettant au monde des enfants non désirés, mais assure également "la part du Diable", en pratiquant des avortements clandestins. Désireux de transmettre son savoir, il prend sous son aile un jeune orphelin qu'il va initier au métier. Une fresque à la Dickens, drôle et émouvante.

Avec ce roman, John Irving nous plonge dans l'univers de St Cloud's, un orphelinat. Ce dernier se compose d'une partie médicalisée, où les femmes peuvent accoucher ou se faire avorter. C'est là que se trouve la part du Diable. Notre héros est Homer Wells, un orphelin qui ne trouve pas de famille d'accueil. Il va alors trouver un père de substitution en la personne de Wilbur Larch, le médecin. Je ne saurais dire pourquoi, mais j'ai eu du mal à lire ce roman. J'ai retrouvé un auteur que j'aime mais c'est un roman dur dans lequel j'ai eu du mal à entrer ! Comme à son habitude, John Irving crée un ensemble de grandes et de petites histoires, façonnant les protagonistes et expliquant leurs actes. Les personnages sont marqués au fer rouge, ils sont tous plus ou moins écorchés et c'est la raison pour laquelle ils nous sont proches, à travers leurs imperfections. Pensons par exemple à Wally, fils de la patronne du lieu, qui reviendra paralysé de la guerre et dont la femme ne saura jamais lequel elle préfère entre lui et Homer (avec qui elle a eut un enfant pendant sa mobilisation). Les personnages de ce roman sont tous meurtris de façon différente. Ce roman est profondément ancré dans un vocabulaire médical, ce qui semble être un hommage au grand-père de l'auteur (médecin). En effet John irving s'est servi des notes de son aîné pour évoquer notamment les césariennes, et rien ne nous est épargné. Beaucoup de belles images traversent ce roman, des femmes qui refusent leur grossesse pour ne pas rendre leur enfant malheureux, aux orphelins qui tentent de se construire sur des bases qui s'effritent, en passant par les médecins, qui se posent des questions sur leur rôle dans l'oeuvre de Dieu.

C'est l'occasion de soulever les thèmes majeurs du roman, à savoir jusqu'à quand peut-on avorter ? Le foetus a t-il une âme ? Ces interrogations sont le fil d'Ariane du roman.

Ce roman est émouvant et complexe. Ici peu de scènes drôles ou cocasses, ce qui expliquent peut-être ma difficulté à en venir à bout.

L'auteur évoque tout au long de son ouvrage trois romans, David Copperfield, Les Grandes espérances, et Jane Eyre. Bien sûr ces livres représentent les orphelins, mais au delà de ça Irving en fait presque une étude philosophique. Ces romans seront lus à plusieurs reprises par les personnages, et on trouvera même plusieurs citations.

Enfin, n'allez pas croire que ce billet est négatif, car j'ai aimé ce roman ! John Irving a une belle plume et sait nous immerger dans des milieux étranges peuplés de gens loufoques, ce qui est aussi le cas ici. La seule ombre au tableau est mon petit coup de mou qui m'a empêché de dévorer ce roman aussi vite que les autres.

 

L'oeuvre de Dieu, la part du Diable (The Cider House Rules), John Irving, Editions du Seuil, 724 p., 1995. Traduit de l'anglais par Françoise et Guy Casaril. Première publication 1985.

Mercredi 30 mars 2011 à 12:31

Littérature USA

john irvingLa vie du journaliste de Patrick Wallingford, bel homme à la nonchalance parfois grossière, change du tout au tout lors d'un reportage : il se fait dévorer la main par un lion devant une caméra de télévision. Il accepte courageusement de subir une greffe. Mais, dans le monde de John Irving, les choses ne se passent jamais comme on le souhaiterait...

Commencé le 26-03-2011

Terminé le 29-03-2011

Ce roman est décalé dès le départ. Du coup on est dans le bain rapidement. J'ai vu récemment une interview sur France 5 ou je l'ai trouvé très intéressant. Cependant je ne sais pas comment cet auteur arrive à passer pour un homme sain ou encore à répondre à une interview comme un auteur normal. Cet homme a une imagination débordante et il sait à chaque roman, nous plonger dans de nouveaux univers. C'est vraiment un auteur hors normes, ces personnages sont singuliers (ici Patrick Wallingford est un journaliste qui ne fait rien pour se démarquer, mais qui fait tomber les femmes comme des mouches sans jamais faire le premier pas. En fait "il inspirait un trouble érotique et un désir hors norme", rien de moins). En ce qui concerne son style, j'adore, mais l'idéal serait de le lire en anglais. En tout cas la traduction est de qualité. Une chose est sûre, il a des idées toujours plus époustouflantes. Après l'avoir découvert avec Le monde selon Garp je me suis dit on ne peut plus rien inventer d'aussi fou, et bien si ! Ce que j'adore chez John Irving c'est que je suis toujours surprise, et c'est très plaisant de savoir que chaque roman sera une découverte. Bon parlons un peu de ce roman ! Rien ne se passe jamais simplement, aussi lorsque Patrick peut recevoir une greffe de main, celle-ci a comme qui dirait "un fil à la patte" et il se fait aussi greffer Doris Clausen. Doris, veuve d'Otto, le propriétaire de la main, veut retrouver son mari à travers cette main, et ne quitte plus Patrick. Comme quoi les personnages sont vraiment singuliers. Je trouve ce roman très profond, car il n'est pas seulement bon en surface, en plus il fait réfléchir. Ce journaliste change peu à peu, et la perte de sa main lui apporte une dimension plus grave. Il cherche de la reconnaissance, de la compassion, mais ne les trouve pas. Doris va beaucoup lui apporter. Cet homme à femmes va s'assagir et s'attacher à elle. J'ai aussi beaucoup aimé le personnage du chirurgien le Dr Zajac. Ce médecin spécialiste de la main n'est jamais reconnu comme tel car ces greffes se traduisent par des échecs. Il a un fils qui ne mange pas , sûrement par mimétisme (lui même est maigre, mange des graines et mène une vie très saine), une assistante folle de lui (surtout à partir de la page 50) et qui va même jusqu'à se métamorphoser pour lui plaire. En voici un passage éloquent : "La jeune femme avait perdu dix kilos, elle s'était inscrite à un club de gymnastique, elle courait cinq kilomètres par jour, et pas en petites foulées. Et si ses nouvelles tenues n'étaient pas du meilleur goût, elles avaient été choisies pour mettre son corps en valeur. Car belle, Irma ne le serait jamais, mais elle était bien bâtie". Ainsi Zajac quitte son démon de femme (Hildred) pour vivre une passion avec Irma. C'est un roman à épaisseur, voilà ce qui me vient pour le décrire, car il est drôle, débridé, parfois léger, mais il possède aussi un côté grave et délicat. J'ai aussi beaucoup aimé les remerciements, dans lesquels l'auteur explique d'où lui est venue l'idée de ce roman, et puis ils sont aussi très bien écrits.

John Irving, La quatrième main (The Fourth Hand), 376 pages, Editions du Seuil, Points, 2001 pour la première publication, 2002 pour la traduction française. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun.

Vendredi 11 février 2011 à 22:54

Littérature USA

uneprièrepourowen.jpgOwen tue la mère de John, son meilleur ami, d'une balle de base-ball perdue. À onze ans, il se proclame instrument de Dieu, et, grâce à lui, John devient chrétien. C'était avant Kennedy, la guerre du Vietnam et la prolifération de l'arme nucléaire. John se souvient de son ami d'enfance, et avec une nostalgie pleine de colère, d'une certaine Amérique, égocentrique et triomphante.

Commencé le 7-02-2011

Terminé le 11-02-2011

Dans ce livre l'auteur narre l'histoire de la famille Wheelwright à travers le narrateur, John né en 1942. Dès les premières pages, j'ai retrouvé ce qui me rend accro à cet auteur. J'ai constaté en moi une folle et inexplicable addiction à John Irving. Inexplicable mais pourtant éclairée par ce qui suit. Parce que cet auteur écrit somptueusement bien, parce que ces personnages ont une réelle consistance et qu'on a envie de les connaître en vrai, et enfin parce que dans ces livres il y a toujours ce petit quelque chose qui tient de la magie (j'en suis persuadée) et qui fait qu'on est comme envoûtée par ses mots et qu'on ne peut lâcher l'un de ses livres qu'après l'avoir terminé. C'est à mon frère que je dois le prêt de ce livre, et c'est aussi à lui que je dois la découverte de cet auteur, d'abord avec Le monde selon Garp, puis avec L'hôtel New Hampshire. Un John Irving, en toute objectivité scientifique, c'est mieux qu'un antidépresseur. A quand la médecine par les livres ? Le débat est ouvert. Le narrateur , John, est un professeur de littérature quadragénaire. "Owen" dont il est fait référence dans le titre (petit personnage très intelligent autant qu'il est étrange, au physique peu conventionnel (tout petit avec un visage d'adulte) et doté d'une voix haut perché et stridente (cf la réflexion du professeur de chant et de diction "Votre pomme d'Adam reste en position de cri permanent")), Owen donc, est son ami d'enfance. Le roman retrace leur enfance, expliquant l'influence qu'a eu Owen sur John. La fin approchant, j'ai ressenti quelques longueurs, mais dans les 10 dernières pages en revanche j'ai vraiment apprécié la profondeur de cette histoire, et j'ai trouvé la fin très belle. On comprend le mystère que cache Owen et le personnage prend tout son sens.

John Irving, Une prière pour Owen, (A Prayer for Owen Meany), édition du Seuil, 2 septembre 1995, mai 1989 pour la traduction française, collection points, 699 pages. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Michel Lebrun. Présenté par Nicole Moulinoux.

<< Page précédente | 1 | Page suivante >>

Créer un podcast