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A-t-on réellement découvert un chapitre manuscrit des Trois Mousquetaires ? Quel rapport y a-t-il entre le chef d'oeuvre de Dumas et ces Neuf Portes du royaume des ombres, livre diabolique dont l'auteur fut brûlé l'année même de la mort de D'Artagnan ? Telles sont les questions auxquelles Corso, chercheur de livres rares pour collectionneurs fortunés, tente de répondre en butant sur des cadavres, de Tolède à Sintra, puis chez les bouquinistes de Paris et au bord de la Loire, suivi par d'étranges sosies de Milady ou de Rochefort...

Comme je vous le disais, c'est par hasard que j'ai découvert ce roman, alors que je parlais du film La neuvième porte avec mon libraire. J'ai donc décidé de le lire dans une optique toute scientifique pour le comparer au film de Roman Polanski.

Premier constat, le film prend de nombreux raccourcis, car le roman s'avère bien plus étoffé, non seulement sur les péripéties mais aussi sur les protagonistes. Tout d'abord le film se concentre sur Les neufs portes, un roman qui pourrait être une clef pour vendre son âme au diable, et que Boris Balkan (un collectionneur) cherche à authentifier, or ce n'est qu'une partie du roman. En effet toute une partie passionante concernant Les trois Mousquetaires de Dumas, et des corrélations entre ce roman de cape et d'épée et les péripéties de Corso, n'a pas été adaptée.

Lucas Corso (qui devient Dean Corso dans le film) est bien plus complexe et profond. Son ami libraire est un personnage majeur du roman (La Ponte) tandis qu'il apparaît très peu dans le film (où il s'appelle Bernie). Dans l'ensemble, chacun des personnages est plus développé dans le roman, ce qui est souvent le cas me direz-vous, mais ici, c'est d'autant plus vrai que Polanski a visiblement centré son histoire sur le héros, alors que dans le roman, il est aidé à chaque étape par ses amis (ou en tout cas par des personnages adjuvants). La jeune femme mystérieuse qui le suit et l'aide (et qui est selon moi une sorcière) est présente dans les deux oeuvres, elle se nomme Irène Adler dans le roman. Corso se rend au Chateau de Meung sur Loire pour chercher Liana Taillefer, ce qui est à peu près similaire dans le film sauf concernant le nom du château, qui devient Saint Martin.

Deuxième constat, l'auteur a écrit un roman vraiment très complet, riche en informations sur les mythes diaboliques, anecdotes historiques (vraies ou fausses, peutimporte !), en références littéraires, et en personnages. J'avais en tête le dénouement du film, et j'ai été surprise puisque c'est le seul élément où le roman diffère totalement. Ici ce n'est pas Balkan qui tente de s'approcher du Diable par le rituel, mais Varo Borja, qui n'est autre que l'un des trois détenteurs des Neufs portes, libraire à Tolède.

Ce roman emmène le lecteur dans un univers d'énigmes, de doutes, et d'ouvrages rangés sur des étagères (et même sur des tapis quand on a dû vendre ses meubles !). Tout un monde de la littérature classique comme on l'aime, passionante et pleine de découvertes, faisant leur apparition petit à petit, comme des poupées russes.

Je tiens également à préciser pour vous prouvez le sérieux de mon étude (si vous en doutiez encore), que mon roman (qui ne m'a pas quitté) a faillit mourir noyé puisque le pauvre s'est retrouvé tout mouillé après des péripéties dans mon sac à main, mais je vous rassure il a retrouvé toute sa prestance (ou presque) après une nuit sur le radiateur ! C'est parfois dur d'être un livre !

 

Arturo Pérez-Reverte, Club Dumas, Livre de Poche, 1994, 446 pages. Traduit de l'espagnol par Jean-Pierre Quijano