Quelques Pages

Lundi 7 mai 2012 à 11:20

Littérature chinoise

1067032-gf.jpgLi Guangtou et Song Gang ne sont pas d'authentiques frères mais leurs destins se sont de longue date trouvés liés pour le meilleur et pour le pire. Enfants, puis adolescents pendant la révolution culturelle, ils atteignent l'âge adulte au moment ou la Chine entre dans l'ère tumultueuse des "réformes" et de l'"ouverture". La solidarité, cimentée par les épreuves, qui les unissait jusqu'alors se fissure et leurs chemins se séparent : tandis que Song Gang, l'intellectuel doux et loyal, se voit rapidement dépassé par son époque, Li Guangtou, le brigand, tirera le meilleur parti des bouleversements en cours.

 

Il m'a fallut du temps pour pondre ce billet, du temps pour repenser à ce roman et prendre du recul. Voilà un roman qui marque, je m'aperçois que j'y repense encore, alors que je l'ai terminé il y a plusieurs jours. Ce roman n'est pas anodin, il est d'abord très bien écrit, l'auteur nous ouvre une bulle dans le passé dont on a du mal à ressortir, et puis les personnages sont réels, ou presque. Les deux frères, qui sont en fait les deux destins de ce roman, ont une telle densité qu'on pourrait les connaître. J'ai également une tendresse particulière pour les personnages secondaires comme la mère de Li Guangtou et ses maux de tête, et bien sûr le père de Song Gang, dont le seul crime est d'être un propriétaire foncier.

 

Ici pas de roman "vendeur" mais un roman authentique, ce qui génère des scènes dures (dont une en particulier avec un clou mais je n'en dirai rien) mais aussi beaucoup d'humour et de légèreté, parce que la vie c'est ça.

 

Notons également la place de l'amour, très présent dans ce roman, et à plusieurs échelles. Les deux protagonistes ne se séparent-ils pas à cause d'une femme ? Mais non bande de mauvaises langues je ne révèle rien, c'est écrit dans le résumé !

 

On pourrait parler durant des heures de ce roman tant il est complet, mais ce n'est pas le but de ce billet (s'il en est un). En revanche c'est avec ce billet que je reprend goût aux critiques !

 


Yu Hua, Brothers, Actes Sud, mai 2010, 1017 pages.

Lundi 31 janvier 2011 à 21:10

Littérature chinoise

reve-village.jpg

Sous les rayons du soleil couchant, la plaine du Henan est rouge, rouge comme le sang. Ce sang que vendent les habitants du Village des Ding pour connaître une vie meilleure. Mais, quelques années plus tard, atteints de " la fièvre ", ils se flétrissent et quittent ce monde, emportés par le vent d'automne comme des feuilles mortes. Seul le fils du vieux Ding, qui a bâti sa fortune sur la collecte du sang, continue de s'enrichir en vendant des cercueils et en organisant des " mariages dans l'au-delà " pour unir ceux que la mort a séparés.
Le Rêve du Village des Ding est un roman bouleversant. Bouleversant par la tragédie qu'il raconte, bouleversant parce qu'il n'est que la fiction d'une réalité plus terrible encore. C'est l'histoire de centaines de milliers de paysans du Henan contaminés par le sida que l'auteur évoque dans ce roman d'une émotion poignante, traversé de rêves et de prémonitions. " Colère et passion sont l'âme de mon travail ", dit Yan Lianke.
Son livre est aujourd'hui interdit en Chine et l'auteur privé de parole.


J'ai adoré, et je conseille ce magnifique roman. On en apprend beaucoup sur certaines pratiques révoltantes se déroulant en Chine.
Il dénonce la bêtise des gens qui exploitent la crédulité des villageois pauvres. Des pauvres gens ont l'espoir de gagner de l'argent en donnant leur sang, donc chacun y passe, mais les conditions d'hygiène sont déplorables et le sida se transmet entre les donneurs. Ainsi le seul qui gagne de l'argent est le fabricant de cercueils, triste ironie !

Lianke YAN, Le rêve du village des ding, Picquier Poche

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